Formation Sportive deuxième partie: une dépendance au progrès

La dépendance physique est une notion bien codifiée qui se mesure à l’aune de deux paramètres : la tolérance et le sevrage. La tolérance correspond à l’atténuation de l’effet d’un stimulus pour une charge donnée ; elle s’accompagne généralement d’une augmentation du stimulus impliqué pour conserver un niveau d’effet recherché. La dépendance physique est caractérisée par un ensemble de symptômes  apparaissant à l’occasion du sevrage liés à des modifications physiologiques induites par un stimulus (substance ou  comportement). La dépendance physique ne constitue pas, en soi, une pathologie ou un dysfonctionnement. Les ressources physiologiques impliquées dans ce phénomène relèvent bien plutôt des mécanismes d’adaptation de l’organisme aux pressions de l’environnement, que celles-ci soient assumées par l’individu ou imposées à lui, qu’elles présentent une « utilité sociale » ou au contraire soient considérées comme déviances. Adaptation et tolérance à l’effort: deux mécanismes couplés L’entraînement physique, lorsqu’il concerne les mécanismes physiologiques de l’adaptation à l’effort (dans les sports d’endurance et de force), utilise le modèle de la surcompensation basé sur le cycle entraînement/récupération. Ce schéma comportemental  donne à voir les conséquences en matière de performance des modifications des systèmes cardio-vasculaire, endocrinien, respiratoire, musculaire, etc... dont la complexité biologique est impossible à restituer schématiquement.

 

surcompensation

 

Evolution de la capacité de charge d’effort après un entraînement isolé Ce modèle suppose à l’instant t une charge d’entraînement qui utilise le potentiel physiologique actuel de la personne. A l’issue de la séance,  la perception que l’organisme a développé de la charge relative  (intensité et volume de l’effort réel par rapport à l’effort maximal possible) à laquelle il était soumis, le conduit à anticiper la réitération de l’exercice  et  à  mettre en place des modifications physiologiques afin de réduire  la charge relative de  cet entraînement.

 

Figure2

 

 Les adaptations physiologiques se déroulent sur une durée spécifiée. Ainsi, à l’issue de l’exercice, le potentiel d’effort maximal de l’organisme diminue pour plusieurs heures, qui correspondent à la phase de fatigue. Ensuite, les mécanismes adaptatifs  élèvent progressivement le niveau du potentiel d’effort maximal au-dessus de ce qu’il était avant le premier exercice, sur une durée de 48h à 72 heures environ. On considère en moyenne 24 heures nécessaires pour la surcompensation après un entraînement de vitesse, 48 heures pour la résistance, 72 heures pour l’endurance. Ce délai de surcompensation est aussi celui de la récupération avant un nouvel entraînement. Si celui-ci ne se réalise pas, le potentiel d’entraînement maximal revient quelques heures plus tard au niveau basal qui était le sien avant l’exercice, témoignant de l’abandon par l’organisme du nouveau référentiel de charge au profit de la valeur cible antérieure.

 

Figure3Evolution de la surcompensation sur plusieurs cycles

Si un nouvel entraînement advient pendant la phase de surcompensation, de charge équivalente à celui du premier, la charge relative perçue par l’organisme sera inférieure à celle du premier  exercice, et entraînera un maintien ou une faible surcompensation à l’issue de ce stimulus.  L’exercice lui-même sera accompli avec une sensation de confort supérieure à celle du premier entraînement. En revanche, si la charge est plus élevée qu’à la première séance, et en charge relative équivalente, l’organisme va encore mobiliser ses capacités d’adaptation et d’anticipation pour que l’entraînement à venir  s’accompagne d’une moindre charge d’effort relatif, et d’un meilleur confort à l’exécution.

A noter que la surcompensation des réserves de glycogène peut être obtenue par l’entraînement et par d’autres voies : alimentation riche en glucides complexes (apports ciblés), régime dissocié visant à forcer l’épuisement des réserves afin de stimuler l’hypercompensation de mise en réserve ultérieure (manipulation physiologique), électrostimulation qui va permettre d’épuiser les réserves musculaires en contournant le circuit de protection de Renshaw et d’induire jusqu’à 250% de surcompensation ultérieure. Les mécanismes d’adaptation à l’effort  visent  une réalisation confortable de la performance physique par l’organisme,  une réduction de la charge d’effort perçue, grâce à une amélioration de la charge d’effort potentielle maximale qui diminue la charge relative d’un exercice donné, et améliore le confort de son exécution. Il s’agit bien du développement d’une tolérance à l’effort, qui, en diminuant la sensation de pénibilité pour l’exécutant, autorise une augmentation progressive de la charge de l’exercice, en intensité et/ou  en volume. C’est le principe même de l’entraînement, et si celui-ci vise la réalisation de performances à des niveaux proches de la charge potentielle maximale des individus, qui s’accompagnent d’une grande pénibilité, le principe qui en régit les modalités au niveau de l’organisme est le maintien de l’équilibre intérieur, en présence du stimulus stresseur, l’effort physique, par l’intégration de ce stimulus comme une donnée du système.

 

L’exemple typique de l’homéostasie est donné par le système d’équilibre thermique. Soit une pièce dotée de fenêtres, d’un thermostat et d’un appareil de chauffage relié à ce thermostat. Le thermostat est réglé sur 20° qui correspond à la température de confort pour l’habitant. Le chauffage utilise une certaine quantité d’énergie pour maintenir cette température, compte tenu de la température extérieure à la pièce. Maintenant si l’habitant ouvre une fenêtre, pour changer d’air, à thermostat constant, le chauffage va donner à plein pour compenser la baisse de température ambiante, mais si la capacité de l’appareil est faible, il lui faudra plusieurs heures avant de rétablir la température de référence. L’habitant peut alors décider d’ajouter un deuxième appareil, qui en augmentant les capacités de chauffage va permettre de mieux gérer les aléas thermiques liés aux fenêtres ouvertes et aux coups de gelée, les équivalents de nos séances d’entraînement. On le voit bien, le problème de l’habitant n’est pas ici de réaliser des économies d’énergie, mais d’optimiser son confort en maintenant une température constante, par anticipation des aléas qui pourraient la modifier. Cette anticipation s’effectue par une augmentation de la capacité, qui serait inutile dans un système fermé, mais qui devient opérationnelle dans un système ouvert, où des événements déstabilisants peuvent se produire. L’augmentation de la capacité, dans un système vivant, est proportionnelle à la charge du stimulus entraînement, qui doit correspondre à un pourcentage élevé du potentiel maximal, pour induire un effet de surcompensation. L’exercice physique joue le rôle pour l’organisme d’un agent de stress, qui provoque un déséquilibre interne perçu comme un danger, qu’il faut éviter, ou neutraliser. Les mécanismes de surcompensation physiologique correspondent  à une « bonne » gestion du stress, à un mécanisme de coping par intégration du stimulus exercice dans l’activité normale de l’organisme. Mais la réaction de stress est maintenue par la pression constante d’exercices de difficulté croissante, qui entretiennent l’état d’alerte du corps, en sus des mécanismes d’adaptation systémiques, cardio vasculaires, neuro musculaires et endocriniens  eux-mêmes. Cet état de stress chronique peut conduire à l’épuisement, et pas seulement au plafonnement des capacités de surcompensation par les systèmes physiologiques. L’entraînement sportif, en endurance et en force, opère une tromperie  sur les mécanismes adaptatifs de l’organisme humain : quand celui-ci s’affaire pour recréer les conditions de l’aisance, et de sensations tempérées à l’effort, l’entraîneur – ou le sportif lui-même - ne s’intéresse qu’à  la crête des vagues de surcompensation, et à l’ascension progressive du potentiel maximal de charge d’entraînement, qu’il s’agira d’exploiter jusqu’au dernier pourcent, dans la zone d’excellence, qui correspond pour l’organisme à la zone rouge, celle de la douleur physique et du risque vital. Plus le corps s’efforce de faire reculer cette zone rouge vers des sommets inexplorés, en anticipant que la charge réelle du prochain entraînement  sera suffisamment stable pour  maintenir l’effort dans une zone de sécurité et de confort, plus l’entraîneur  monte en charge afin de provoquer une surcompensation supplémentaire, jusqu’à ce qu’apparaissent les signes de résistance à l’adaptation, d’épuisement, les blessures, ou les accidents graves. Quand tout va bien, le pic de performance peut être programmé grâce à une bonne maîtrise de la technologie de l’entraînement, délai de récupération, spécificités et complémentarités des filières, etc, et le sportif abordera la compétition phare de sa saison au sommet de son ultime crête de surcompensation.

figure4

 L’adaptation aux charges d’entraînement, connaît des limites, en valeur absolue de surcompensation  (force maximale, V02 max), et en valeur relative de réponse à une charge d’entraînement donnée (courbe de progression). La capacité maximale de performance est une donnée partiellement fixée génétiquement, mais inconnue avant qu’elle soit atteinte. La plasticité des systèmes, comme la résistance des tissus est inégalement distribuée dans l’organisme : le système immunitaire peut lâcher avant qu’une VO2 ait atteint son maximum pour un individu donné : c’est l’angine « de forme » qui aura raison de sa recherche de performance.  Au fur et à mesure que la réserve de capacité potentielle maximale s’atténue, la progression est rendue plus difficile par le développement d’une « résistance » à l’entraînement. La réponse de l’organisme à une charge d’entraînement donné, décroît au fur et à mesure que le niveau des surcompensations, et donc de la performance s’élève. Il faut une charge d’exercice toujours croissante pour obtenir un pourcentage donné d’amélioration de la performance, et les effets de bord liés à la charge d’entraînement élevée, multiplient les accidents qui entravent la progression du sportif. C’est l’équivalent physiologique du processus par lequel la tolérance pharmacologique, liée à la résistance pharmacodynamique au produit (diminution des récepteurs, des transporteurs) aboutit à une surconsommation qui amène au seuil de toxicité du produit.

 figure5

 

On décrit généralement la tolérance aux substances pharmaceutiques, comme la réduction de la réponse de l’organisme au stimulus pharmacologique (diminution des récepteurs) ou l’accélération de l’élimination de la substance. L’augmentation progressive de la dose ingérée pour obtenir un effet stable  se trouve limitée par le seuil de toxicité des produits : on se limite à des doses qui n’entraînent pas encore d’effets secondaires  trop pénibles pour être supportés. Ici, l’organisme apprend à neutraliser l’effet d’une substance en diminuant sa captation et son transport, elle devient inefficiente par résistance apprise à sa présence. Mais le patient dépendant, en recherche de sensation maximale, va augmenter progressivement les doses ingérées et annuler l’action de son organisme pour contrecarrer les effets de la substance. Il augmente les doses jusqu’à ce que les capacités de métabolisation maximale de l’organisme soient atteintes, et que l’apparition d’effets secondaires pénibles le fasse reculer.

 « Lorsque l'effet obtenu décroît progressivement au cours d'administrations successives et rapprochées, on dit qu'il y a tachyphylaxie. La tachyphylaxie évoque la libération et l'épuisement progressif des réserves d'un produit endogène actif, libéré sous l'effet du médicament. C'est le cas, par exemple, de l'éphédrine qui libère des catécholamines.

 

 

 

 

 

 

Effet diminué :Tachyphylaxie

 

 

Lo rsque l'effet obtenu décroît au cours d'une administration chronique, on parle de tolérance ou encore d'accoutumance, par exemple tolérance à la morphine chez le morphinomane qui utilise des doses de plus en plus élevées pour compenser la perte de son efficacité. Il faut remarquer que le mot tolérance peut être utilisé dans un sens différent : celui d'absence d'effet néfaste et on parle de bonne tolérance, de bien toléré.

 

 

 

 

 

 

 

Effet diminué : Tolérance 

 

 

Rapport efficacité/toxicité en fonction de la dose

 

 

 

Comme, d'une manière générale, l'augmentation des doses augmente à la fois l'efficacité et la toxicité, il faut tenir compte du rapport efficacité/toxicité en fonction de la dose. Cette courbe montre qu'il existe une dose optimum. En pharmacologie clinique, il est difficile de tracer de telles courbes, mais le souci de prescrire la dose minimum efficace doit être toujours présent à l'esprit du médecin.

 

 

 

 

 

 

Rapport efficacité / toxicité en fonction des doses

 

 

 

La figure ci-dessus montre qu'à faible dose, inférieure à A, le médicament est peu efficace et qu'à une dose supérieure à C il devient toxique. L'optimum se situe entre A et C. »

 

 

Tiré de : http://www.pharmacorama.com/Rubriques/Output/Caracteristiques_generalesa2.php

 

 

Dans les deux cas, la personne se trouve face à un mécanisme de défense de l’organisme contre l’agent stressant. En parallèle du mécanisme d’augmentation de la capacité maximale de charge, ou d’élimination du produit en pharmacocinétique, procédés de métabolisation du stimulus par intégration dans la « capacité » du système, se met en place un dispositif qui réduit l’impact du stimulus et donc la charge d’entraînement ou la dose active : la « down regulation » des récepteurs synaptiques diminue le potentiel d’impact de la molécule sur le neurone, comme la saturation des transporteurs membranaires en Ca++ limite les possibilités de contraction musculaire.

 

 

 

Relation surcompensation/effet charge au cours du temps

Les modifications de sensibilité des récepteurs peuvent expliquer les situations de sevrage, de dépendance ou de résistance au traitement. Elles peuvent elles-mêmes varier au cours du temps en fonction de l'âge ou de l'évolution des caractéristiques pysiologiques ou pathologiques du patient. L’effet charge de l’entraînement subit également une baisse d’efficacité au cours du temps, lié en partie à la saturation de mécanismes adaptatifs (réserve de glycogène), mais aussi à l’épuisement de la réponse (épuisement de la sécrétion endogène de cortisol), et peut-être des mécanismes de résistance  par affaiblissement de la capacité de réponse au stimulus.

 Le paradoxe en matière de tolérance à l’exercice, c’est que le corps joue le jeu du sportif sur un malentendu : l’organisme poursuit l’homéostasie du milieu intérieur par des adaptations, le maintien d’une marge de manœuvre physiologique qui lui conserve une capacité d’adaptabilité, la tempérance des sensations qui annule la mobilisation du système hypothalamo-hypophysaire – l’axe du stress ; l’apprentissage d’une réponse optimale à la charge d’entraînement, productrice d’un plus haut niveau de performance, sert également la finalité d’une conservation de l’état d’équilibre de l’organisme. En parallèle de la progression de la capacité de performance, l’effet Pareto joue comme une résistance croissante de l’organisme à l’effort, une force d’inertie qui s’oppose à la force représentée par la charge d’entraînement. Cet effet rend compte du caractère saturable des adaptations des variables physiologiques sous l’effet de l’entraînement prolongé.

 

Petit rappel sur la loi de Pareto

 


La « loi de Pareto » connue sous le nom de loi des 80/20 est une proportion remarquable mise en évidence de façon empirique par Vilfredo Pareto (1848-1923). Elle s'énonce de la manière suivante : « 80% des effets sont générés par seulement 20% des causes » ou inversement (loi des 20/80), « 20% des causes génèrent 80% des effets ». Le principe de Pareto est attribué à Joseph Juran, qualiticien, qui en a donné la définition suivante« le principe de Pareto est la méthode générale permettant de trier un quelconque agrégat en deux parties : les problèmes vitaux et les problèmes plus secondaires - dans tous les cas, l'application du principe de Pareto permet d'identifier les propriétés des problèmes stratégiques et de les séparer des autres ».

 

Le « diagramme de Pareto » est une sorte de « preuve par l'image » pour voir plus facilement où concentrer les efforts  (exemple ci-dessous tiré de wikipedia, avec des données hypothétiques sur les causes de retard au travail -la ligne rouge est le cumul des valeurs en pourcentage. Ici les trois premières causes génèrent 80% des effets).

 

 

 

 

 

Remerciements à :http://www.itrmanager.com/tribune/263/principe-pareto-theorie-simplexite-br-appliques-gouvernance-informatique-br-sabine-bohnke-fondatrice-cabinet-sapientis.html

La recherche d’une amélioration soutenue de la performance et des variables physiologiques sous-jacentes conduit le sportif et son coach à augmenter la charge d’entraînement (volume et intensité) correspondant à la charge  stressante/informative nécessaire pour induire un changement supplémentaire. La tolérance à l’effort et son corollaire l’accroissement des doses de charge d’entraînement obéissent à la même logique de recherche de l’effet qu’en pharmaco-dépendance. Seule la nature de l’effet est différente : plaisir puis simple apaisement tensionnel en pharmaco-dépendance, l’effet recherché en formation sportive est la surcompensation.

 

Sevrage de l’entraînement : le manque de progrès

 L’autre aspect de la dépendance physique est le sevrage à l’arrêt de l’activité. Le sevrage de médicaments et de substances diverses est un phénomène physiologique à part entière, potentiellement mortel s’il est aigu chez l’alcoolique, et lié aux modifications structurelles du système nerveux central, sous l’effet des substances. Le traitement du sevrage consiste à favoriser un retour à l’état antérieur d’équilibre, et à amoindrir les effets de manque.

 Le sevrage de l’entraînement est une expérience physiquement vécue : irritabilité,  dépression,  sentiment de vide ou d’inutilité, troubles du sommeil, de l’appétit, accompagnent souvent l’immobilisation forcée par une blessure.  Une haute capacité aérobie ou une puissance musculaire élevée ne génèrent cependant pas la perception d’un « manque » d’activité. C’est le gradient de progression perçu lors de la surcompensation et non le niveau de la capacité de performance qui suscite une dépendance à l’entraînement.

L’entraînement sportif régulier équivaut à l’adoption d’un paradigme existentiel : vivre c’est progresser. La charge d’entraînement, le stimulus stresseur, font partie intégrante du fonctionnement d’un organisme qui a inscrit le changement dans sa structure physiologique. La mobilisation de la capacité de développement de la performance par un apprentissage physiologique,  fait du sportif un être biologique en perpétuelle croissance.

 En effet, en parallèle de l’effet Pareto qui réduit l’impact de la charge d’entraînement à mesure que la capacité de performance s’accroît, les sportifs présentent des effets de facilitation de la réponse adaptative pour les valeurs basses et moyennes de la courbe de surcompensation, au regard de la population sédentaire. Autrement dit, si l’on compare l’évolution de la réponse à l’entraînement d’un groupe de sédentaires et d’un groupe de sportifs en reprise d’activité après une blessure, les sportifs présenteront une cinétique de surcompensation plus élevée : leur corps à appris à progresser, appris à répondre à un stimulus de charge, comme à une information signifiante. Il a appris à anticiper le processus global de succession des cycles d’entraînement. Le corps a mémorisé les expériences antérieures, à partir de quoi il se projette dans un avenir de progrès.

La périodisation du temps sportif en cycles de récupération, micro-cycles et macro-cycles de surcompensation, balise la courbe ascensionnelle des performances, rythme les étapes du changement, permet au sportif un repérage et une anticipation dans le modèle.

Les périodes de récupération complète, en inter saison, ne sont pas vécues comme un sevrage du corps, qui est généralement épuisé, mais comme une phase d’un cycle annuel. Ce sont de nouvelles activités, ludiques et différentes du sport de référence, qui viennent occuper le corps en vacance plutôt que l’inaction du repos complet.

De même, le sevrage progressif, au cours de la carrière sportive, peut s’opérer de manière quasi insensible pour la personne, grâce à la combinaison d’une diminution des charges d’entraînement et une réorientation de l’attention sur d’autres objets.

La dépendance psychique, également appelée addiction, concerne le « craving », le sentiment de nécessité impérieuse de consommer un produit, ou d’exécuter un comportement, qu’il s’agisse de manger, se laver les mains, ou courir. Elle peut se développer de manière tout à fait séparée de la dépendance physique, et persister après le sevrage. C’est une dimension différente de la dépendance physique à l’effort ou à une substance, qui se caractérise par la tolérance et le sevrage. Ce sera l’objet d’un autre article.

La frontière entre pathologie et adaptation est une affaire de convention sociale. L’organisme soumis à la pression d’un environnement potentiellement toxique s’alerte et met en place des modalités d’adaptation qui visent à intégrer l’élément « informant » ou « intrusif », selon, grâce à des modifications locales et systémiques, à effet immédiat et différé (cf première partie). Le sport moderne s’est fait un jeu de mobiliser nos capacités adaptatives jusqu’à leurs derniers retranchements, au péril de l’équilibre intérieur, que certains appelleront santé. Le sport utilise les capacités de tolérance à l’effort d’un organisme en bonne santé et suscite une forme de dépendance physique liée aux adaptations tant comportementales que physiologiques du corps dans le processus de surcompensation.

La dépendance physique n’est donc pas le stigmate d’une maladie, mais un trait de la physiologie de l’adaptation, de l’apprentissage biologique qui pérennise les modifications et autorise des charges plus élevées, une amélioration de la performance. L’inscription de l’organisme dans le modèle épuisement/surcompensation établit un apprentissage de niveau 3 (cf première partie), le développement de la perception du modèle de croissance de la capacité d’apprendre à apprendre, qui s’étaie paradoxalement quand la capacité de surcompensation elle-même se réduit sous l’effet de saturation des mécanismes adaptatifs.

La surcompensation est l’information signifiante pour la performance et source de plaisir pour l’organisme entraîné. Bonnes sensations, facilité, légèreté, sont les sensations offertes par ce mécanisme, qui allège la charge de l’effort perçu. La surcompensation est anticipée, attendue, espérée. Son absence, même sa diminution font défaut, et provoquent une ruée dans l’effort, pour la retrouver. Elle est le petit supplément d’être, l’extension du possible, l’expansion de soi, la garantie de la puissance.

Par Tanclair

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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